6 Janvier 2026, il est 20h passé. Je suis face au camion benne que l'on m'a prêté. Il fait -5°C, la neige est partout et le froid mord à travers mes vêtements et ma tenue d'apiculteur. A ce stade de la saison, porter la tenue est quasiment du registre du formalisme : peu probable que la moindre abeille ne quitte la grappe, ou si tel était le cas qu'elle survive par un froid pareil. Les rafales sont prévues jusqu'à 90 km/h, et la chute de température atteindra -18°C la nuit prochaine.
C'est un peu maintenant ou jamais : en bas le mimosa a fleuri, il est temps pour les abeilles de passer au printemps car un tel épisode de froid risque d'achever les plus fragiles d'entre elles.
Techniquement, il s’agit de fermer toutes les ruches durant la nuit et de les charger sur le camion. Je tapote chacune des ruches pour vérifier que j'entends au moins un peu le buzzement des abeilles. Plusieurs ruches n'ont pas survécu depuis la dernière visite, dommage.
Une fois le tout sanglé, direction la plaine. Je dépose mes ruches sur les terrains que m’ont prêté des agriculteurs ou des voisins, à Millas, Catllar, le Soler, Toreilles et Canet. Je rentrerai ce soir aux alentours de 3h du matin après avoir porté et déplacé sur plusieurs dizaines de mètre une grosse quarantaine de ruches dont le poids varie de 20 a 60 kg. Je vais bien dormir.
Et demain ce sera pareil, car là ça va clairement se faire en deux fois.

Les abeilles doivent impérativement être déplacées la nuit, puisqu’elles se promènent dehors en journée. Elles peuvent voler et vadrouiller sur un cercle d’un rayon allant de 1km en général à 10km en cas de famine, et retrouvent leur ruche avec une précision impressionnante. Déplacer une ruche d’un mètre va provoquer une perturbation complète des butineuses qui ne comprennent pas comment se fait il que la maison a bougé ! Dans la nature, ça ne se passe pas tous les jours, pour ne pas dire jamais !
Aussi, si on bouge les ruches, il faut absolument que ce soit sur une distance d’au moins 5 kilomètres à vol d’oiseau (enfin, d’abeille). Ce faisant, les butineuse « réinitialisent » leur cartographie des lieux, et ne risquent pas de retourner à l’ancien emplacement de la ruche.
En l’occurrence, lors de la transhumance elles font près de 90 km, donc n’ont pas le choix de ne pas se mettre à jour ! Il reste qu’il faut faire cela de nuit pour ne pas laisser les butineuses dehors, et que lorsque je ferai les divisions, je déplacerai les jeunes essaims à plus de 5 km de la ruche mère pour éviter que les butineuses ne retournent à l’ancienne ruche.